Un chien. C’est ça ! je suis un chien ! un chien arabe ! j’aboie dans toutes les langues.
Vingt fois par jour, c’est l’heure de la promenade. Trottoir. Petits pas. Tour en rond. Mégot dans les babines. Toujours. Deux dirhams le coup de goudron. À ce prix-là… fume toutou !

Poil humide. Queue basse. Je me traîne dans les couloirs de la ville. Jamais loin des caniveaux. C’est la grisaille qui tient la laisse. L’ennui qui pousse au trouf’.
Errances poisseuses.
Mornes.
Régulières.
Avec les beaux jours quand même, truffe plantée dans le cul des femmes.

Ce cul qui passe là, c’est ma girouette. Mon cou-couche-panier.
Je donne la patte. Je fais le beau.
Maîtresse, appelle-moi caniche.
Je t’appellerai caresse, canine, collier, gamelle, joujou, croquette, exquise, minou, fourrière… Prends ma laisse, capture-moi, siffle-moi. Au pied !
Sinon je pleure, sinon je hurle. Sinon je mords.

Deux, trois lampadaires plus tard, l’imagination a fini son os… retour à la niche.
Le chagrin, faut le rentrer avant qu’il morde.

La niche… néons, peinture blanche, perfusions, sirènes, éther, etc, etc…

Un chien ! Non ! c’est plus humain que ça, un dog.
Hors du vivant en tous cas, hors du règne ! J’ai quitté l’enveloppe !
Je ne dors plus, ne mange plus, habite dans une brume, vie dans une vapeur, agite des pensées de fantôme. La vie à reculons. Je me ratatine comme la vieille dame d’à côté.

La dame ? Chose ! Elle est vieille. Elle est moche. Elle suinte. Elle a de la mouche dans la viande. Elle est morte presque déjà d’elle-même. Ça geint, grince, coule, n’en finit pas de se plaindre. Ça fou le camp, dégueulasse.
Ma gueule tout craché quoi ! Ad nauseam…

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