Mauvaise journée. Je passe des heures, couché à ne rien faire. A attendre une pensée meilleure. Un semblant de lumière. L’impression d’être au fond d’un gouffre.

Je suis resté des années sans boire. Des années à me protéger du suicide, de la peur, de la grisaille. J’ai perdu des traces entières de ma vie. A ne plus rien vouloir. A errer dans un long couloir. Aucune sortie. Aucune porte. Plus aucun courage. Plus de force. L’impression de doucement m’enfoncer dans des sables mouvants. Jours après jours, le petit quotidien sans fond à remplir le puits du temps qui passe avec du rien. Comme si la vie avait tout donné. Terribles moments où rien ne me sauve, ne me sauvera jamais… C’est si lourd, chaque matin. Porter par petit paquet ce qui brûle l’âme.

Je suis seul. Presque sans famille. Sans amis. Perdu dans les sentiers angéliques de l’éther. Perdu sous les plafonds blancs d’un hôpital. Seul à crier toute la nuit en silence. Égaré dans un coin où la vie se ratatine toute entière sans laisser de couleur.

Il y a de grands moments affligeants où je me fous d’être heureux ! Mon chantier d’humain, les mille besognes de mon âme et l’infini rafistolage de mon esprit me prennent tout mon temps. Jours désenchantés où tout se débine, sans savoir que faire pour être rayonnant. Jours amers. Jours solitaires où tout se refuse et rien ne sert !

Ce salaud de printemps m’a réveillé une belle maladie ! Je ne suis plus assez, avec moi seul, j’en ai marre de moi, j’en ai fait le tour… Il va furieusement falloir que j’aille faire un tour du côté du bonheur… connais pas le chemin !

Commencer par faire une brèche dans ce mur que j’ai bâti entre moi et mon âme. Remonter le fil, à petits pas, à petits mots. Ne rien presser pour ne rien casser… Trouver un langage. Il existe de ces moments de désolation où l’esprit ne semble déjà plus avec le corps. Il s’y trouve trop mal, vraiment, acculé. C’est déjà presque plus qu’un morceau de fantôme qui parle. Un morceau d’illusion. Je bute dans des riens. Je rêve trop. Je glisse sur tous les mots. Je m’émiette. Trouver les mots, solides, fendre la muraille qui cache je ne sais quelle obscurité… Je suppose qu’il faut bien passer par là pour entrer enfin dans le fond de la vie.

C’est difficile d’être entouré d’autant de monde et d’être pourtant si seul, tellement seul ! Que même mon ombre semble me suivre à regret… Petit à petit je me recroqueville dans ma plaie, dans mon silence. Tout absent de ma vie. Je la regarde sans y toucher. Toujours de loin, jamais dedans. Seul avec moi-même, étranger à tout. Il va falloir que je trouve une astuce pour aller voir du côté du bonheur. Le bonheur, ce tout petit truc de rien qui fiche le camp dès que tu tournes le dos.
Commencer peut-être par tenter un petit pas vers l’autre ?!

Ce matin, le ciel s’est levé après moi, et, pour se rattraper, il pleut ! Je n’arrive plus à penser, plus à écrire. Je suis là, vide. J’en baverais. Plus rien à causer, parce qu’au fond il n’arrive plus rien. Plus ahuri encore que d’habitude. De quoi dégoûter l’existence…

De penser, même un bout, il faut que je m’y reprenne à plusieurs fois. Comme pour parler. Un éclat de pensée à la fois, un mot, l’un après l’autre. Ça fatigue tant ! C’est un exercice qui demande de l’entraînement. Il y a tellement de bruit autour. Sans cesse. Un tumulte, un vacarme, un ouragan intérieur. Infini. Éternel qui rêve d’évasion. J’apprends à faire des choses doucement, avec des petits morceaux arraché au bruit qui ne finit jamais.

La solitude absolue de la pure solitude… Ça frôle la colère parfois ! Je voudrais la paix et le silence de ma colère ! Fatigué de ces inutiles détours par les champs carbonisés de ma mémoire. Je suis tout entier plus éparpillé qu’un feu d’artifice…